12 mélodies en deux séries
Sur des poésies de Théophile Gautier, Théodore de Banville et Edouard Grenier
Recueils édités chez Heugel (Le ménestel)
Les Partitions
* Feuilles au vent (1ère série en recueil)
Cliquez sur un titre…
1.Sonnet chinois
2.Paysage
3.Pastel
4.La Colombe
5.Fantaisie
6.Pantoum
* Feuilles au vent (2e série en recueil)
Cliquez sur un titre…
1.La Libellule
2.En Caïque
3.Visions Intérieures
4.Hermanita
5.L’infini
6.La veille du départ
Feuilles au vent (Série 1)
1.Sonnet Chinois (poésie de Théophile Gautier)
Allegretto à 4/4 – Si bémol Majeur (Mib3-Sol4)
Pour veiner de son front la pâleur délicate,
Le Japon a donné son plus limpide azur ;
La blanche porcelaine est d’un blanc bien moins pur
Que son col transparent et ses tempes d’agate ; Dans sa prunelle humide un doux rayon éclate,
Le chant du rossignol près de sa voix est dur,
Et quand elle se lève à notre ciel obscur,
On dirait de la lune en sa robe d’ouate. Ses yeux d’argent bruni roulent moelleusement,
Le caprice a taillé son petit nez charmant,
Sa bouche a des rougeurs de pêche et de framboise ,
Ses mouvements sont pleins d’une grâce chinoise,
Et près d’elle on respire autour de sa beauté
Quelque chose de doux comme l’odeur du thé.
2.Paysage (poésie de Théophile Gautier)
Andantino quasi allegretto à 3/4 – La Majeur (Do#3-Sol4)
La rosée arrondie en perles
Scintille aux pointes du gazon,
Les chardonnerets et les merles
Chantent à l’envi leur chanson. Les fleurs de leurs paillettes blanches
Brodent le bord vert du chemin.
Un vent léger courbe les branches
Du chèvrefeuille et du jasmin Et la lune, vaisseau d’agate,
Sur les vagues des rochers bleus
S’avance comme la frégate
Au dos de l’Océan houleux. Jamais la nuit de plus d’étoiles
N’a semé son manteau d’azur,
Ni du doigt, entr’ouvrant ses voiles,
Mieux fait voir Dieu dans le ciel pur. Prends mon bras, ô ma bien-aimée,
Et nous irons, à deux, jouir
De la solitude embaumée
Et, penchés sur la mousse, ouïr Ce que tout bas, dans la ravine
Où brillent ses moites réseaux;
En babillant, l’eau qui chemine
Conte à l’oreille des roseaux.
3.Pastel (poésie de Théophile Gautier)
Andantino à 3/4 – Sol mineur (Ré3-Mib4)
J’aime à vous voir dans vos cadres ovales,
Portraits jaunis des belles du vieux temps,
Tenant en main des roses un peu pâles,
Comme il convient à des fleurs de cent ans. Le vent d’hiver, en vous touchant la joue,
A fait mourir vos œillets et vos lis,
Vous n’avez plus que des mouches de boue
Et sur les quais vous gisez tout salis. Il est passé le doux règne des belles ;
La Parabère avec la Pompadour
Ne trouveraient que des sujets rebelles,
Et sous leur tombe est enterré l’amour. Vous, cependant, vieux portraits qu’on oublie,
Vous respirez vos bouquets sans parfums,
Et souriez avec mélancolie
Au souvenir de vos galants défunts.
4.La Colombe (Lamento) (poésie de Théophile Gautier)
Andante, un poco lento à 3/4 – Fa# mineur (Do#3-Fa#4)
Connaissez-vous la blanche tombe
Où flotte avec un son plaintif
L’ombre d’un if ?
Sur l’if, une pâle colombe,
Triste et seule, au soleil couchant,
Chante son chant : Un air maladivement tendre,
À la fois charmant et fatal,
Qui vous fait mal,
Et qu’on voudrait toujours entendre ;
Un air, comme en soupire aux cieux
L’ange amoureux. On dirait que l’âme éveillée
Pleure sous terre à l’unisson
De la chanson,
Et du malheur d’être oubliée
Se plaint dans un roucoulement
Bien doucement. Sur les ailes de la musique
On sent lentement revenir
Un souvenir ;
Une ombre de forme angélique
Passe dans un rayon tremblant,
En voile blanc. Les belles-de-nuit, demi-closes,
Jettent leur parfum faible et doux
Autour de vous,
Et le fantôme aux molles poses
Murmure en vous tendant les bras :
Tu reviendras ? Oh ! jamais plus, près de la tombe,
Je n’irai quand viendra le soir
Au manteau noir,
Ecouter la pâle colombe
Chanter sur la branche de l’if
Son chant plaintif !
5.Fantaisie (poésie de Théophile Gautier)
Quasi adagio à 4 – Si Majeur (Si2-Mi4) avec un Sol4 facultatif
Aux vitraux diaprés des sombres basiliques,
Les flammes du couchant s’éteignent tour à tour ;
D’un âge qui n’est plus précieuses reliques,
Leurs dômes dans l’azur tracent un noir contour ; Et la lune paraît, de ses rayons obliques
Argentant à demi l’aiguille de la tour
Et les derniers rameaux des pins mélancoliques
Dont l’ombre se balance et s’étend alentour. Alors les vibrements de la cloche qui tinte
D’un monde aérien semblent la voix éteinte
Qui par le vent portée en ce monde parvient…
Et le poète assis près des flots sur la grève,
Écoute ces accents fugitifs comme un rêve,
Lève les yeux au ciel et triste se souvient…
6.Pantoum (poésie de Théodore de Banville)
Allegretto à 6/8 – La Majeur (Do#3-Fa#4)
« Sur les bords de ce flot céleste »
« Mille oiseaux chantent querelleurs »
Mon enfant, seul bien qui reste,
Dors sous ces branches d’arbre en fleurs. « Mille oiseaux chantent querelleurs, »
« Sur le rivière un cygne glisse »
Dors sous ces branches d’arbre en fleurs,
O toi ma joie et mon délice ! « Sur la rivière un cygne glisse »
« Dans les feux du soleil couchant »
O toi ma joie et mon délice,
Endors-toi, bercé par mon chant. « Dans les feux du soleil couchant »
« Le vieux mont est brillant de neige »
Endors-toi, bercé par mon chant,
Qu’un dieu bienveillant te protège ! « Le vieux mont est brillant de neige, »
« A ses pieds l’ébénier fleurit »
Qu’un dieu bienveillant te protège !
Ta petite bouche sourit. « A ses pieds l’ébénier fleurit, »
« De brillants métaux le recouvrent. »
Ta petite bouche sourit,
Pareille aux corolles qui s’ouvrent. « De brillants métaux le recouvrent, »
« Je vois luire des diamants. »
Pareille aux corolles qui s’ouvrent,
Ta lèvre a des rayons charmants. « Je vois luire des diamants »
« Sur la montagne enchanteresse, »
Ta lèvre a des rayons charmants,
Dors, qu’un rêve heureux te caresse ! « Sur la montagne enchanteresse »
« Je vois des topazes de feu »
Dors, qu’un rêve heureux te caresse,
Ferme tes yeux de lotus bleu ! « Je vois des topazes de feu »
« Qui chassent tout songe funeste. »
Ferme tes yeux de lotus bleu
Sur les bords de ce flot céleste.
Feuilles au vent (Série 2)
1.La Libellule (poésie de Théophile Gautier « La Demoiselle »)
Allegro vivo Vif à 2/4 – Ré Majeur (Ré3-Fa#4)
Georgine Resick (soprano) Warren Jones (piano)
Sur la bruyère arrosée
De rosée ;
Sur le buisson d’églantier;
Sur les ombreuses futaies,
Sur les haies Croissant au bord du sentier; Sur la modeste et petite
Marguerite
Qui penche son front rêvant;
Sur le seigle, verte houle
Que déroule Le caprice ailé du vent; Sur les prés, sur la colline
Qui s’incline
Vers le champ bariolé
De pittoresques guirlandes;
Sur les landes,
Sur le grand orme isolé; La demoiselle se berce,
Et s’il perce,
Dans la brume, au bord du ciel
Un rayon d’or qui scintille,
Elle brille,
Comme un regard d’Ariel, La demoiselle nacrée,
Diaprée
De reflets roses et verts. Bientôt elle vole et joue
Sous la roue
Du jet d’eau qui, s’élançant
Dans les airs, retombe, roule
Et s’écoule
En un ruisseau bruissant Et quand le grise hirondelle
Auprès d’elle
Passe, et ride à plis d’azur,
Dans sa chasse circulaire,
L’onde claire,
Elle s’enfuit d’un vol sûr. Bois qui chantent, fraîches plaines
D’odeurs pleines,
Lacs de moire, coteaux bleus,
Ciel où le nuage passe,
Large espace,
Monts aux rochers anguleux; Voilà l’immense domaine,
Où promène
Ses caprices, fleur des airs,
La demoiselle nacrée, la demoiselle
Diaprée
De reflets roses et verts.
2.En Caïque (poésie d’Édouard Grenier)
Andante à 9/8 – Si bémol Majeur (Fa3-Sol4)
Georgine Resick (soprano) Warren Jones (piano)
Sais-tu que le vent soupire
Et veut dire,
Quand il pleure, glisse et s’enfuit
Dans la nuit ? Sais-tu pourquoi, quand l’onde arrive
A la rive,
Elle y laisse avec chaque flot
Un sanglot ? Sais-tu pourquoi Bulbul se pose
Sur la rose,
Et chaque jour chante à la fleur
Sa douleur ? C’est que partout la loi suprême,
Veut qu’on aime,
Et qu’ici-bas tout sans retour
Vit d’amour ! Sais-tu pourquoi le coeur bat vite
Et palpite,
Sans pouvoir contenir son sang
Frémissant ? Sais-tu pourquoi, sous leurs longs voiles,
Les étoiles,
Croisent dans l’air leurs millions
De rayons ? Sais-tu pourquoi, quand tout sommeille,
Dieu seul vieille
Et couve d’un regard béni
L’infini ? C’est que partout la loi suprême,
Veut qu’on aime,
Et qu’ici-bas tout sans retour
Vit d’amour !
3.Visions Intérieures (poésie d’Édouard Grenier)
Allegretto à 3/4 – Débute en Mi mineur et termine en Mi Majeur (Do#3-Fa#4)
Georgine Resick (soprano) Warren Jones (piano)
Si je ne vois plus l’aube éclore
Tous les matins,
Ni le couchant quand il colore
Les monts lointains; Si je ne dois plus voir les roses
S’épanouir,
Et la beauté de toutes choses
Me réjouir; Terre, soleil, fleur, femme, étoile,
Ce que j’aimais,
À mes regards si tout se voile
Et pour jamais; Je garde encore une lumière,
Et dans ma nuit,
Sous ma morne et fixe paupière,
Un jour me luit; Un jour suave qui rayonne
De visions,
Un doux soleil qui m’environne
De chauds rayons Et cette atmosphère de flamme,
Cette clarté,
C’est ton image, ô jeune femme!
C’est ta beauté. C’est ta grâce, c’est ton sourire,
O chaste enfant!
C’est ton cœur naïf qui soupire
Et se défend. C’est surtout cette larme pure,
Ce pleur sacré,
Et qui m’a fait une blessure
Dont je mourrai. Parle de tes yeux, cette larme
Me reste encor.
J’en ai su faire par un charme
Un anneau d’or. Depuis ce jour ma vie est tienne,
Depuis ce jour
Je n’ai plus rien qui m’appartienne,
Sauf mon amour.
4.Hermanita (poésie d’Édouard Grenier)
Andantino moderato à 2/4 – Mi Majeur (Do#3-Mib4)
Georgine Resick (soprano) Warren Jones (piano)
Tombe, neige légère, tombe…
Tombe sans bruit du haut des cieux !
D’un voile blanc couvre sa tombe
Sous tes flocons silencieux ! Comme toi, blanche, chaste et pure,
Elle effleura notre séjour;
Comme toi, tombant sans murmure,
Elle n’a duré qu’un seul jour. Comme toi du ciel descendue,
Elle y retourna sans effort…
Le soleil te rend à la nue,
Et Dieu nous reprend par la mort. Tombe, neige légère, tombe…
Tombe sans bruit du haut des cieux !
D’un voile blanc couvre sa tombe
Sous tes flocons silencieux !
5.L’Infini (poésie d’Édouard Grenier)
Allegro à 4/4 – Ré Majeur (Ré3-Sol4)
Georgine Resick (soprano) Warren Jones (piano)
Insondable et plein de mystère,
L’infini roule triomphant
Et dans son sein porte la terre
Comme une mère son enfant. La terre, à son tour, dans l’espace
En glissant sur l’immense éther,
Sans la verser porte avec grâce
La coupe verte où dort la mer; Et la mer porte sur ses ondes
Le vaisseau qui se rit des flots,
Et la nef sous ses voiles rondes
M’emporte avec les matelots; Et moi, pauvre oiseau de passage
Que le sort loin d’elle a banni,
Je porte en mon cœur, je porte son image
Où je retrouve l’Infini.
6.La Veille du départ (poésie d’Édouard Grenier)
Andante un poco Adagio à 3/4 – La mineur (Ré3-Fa4)
Georgine Resick (soprano) Warren Jones (piano)
L’air était lourd, la nuit voilée,
Quand nous allâmes au jardin;
Le sable qui jonchait l’allée
Nous montrait seul son chemin. Quelque temps ainsi nous marchâmes,
En rêvant au bruit de nos pas;
Nous nous taisions, mais nos deux âmes
Ne s’en parlaient que mieux tout bas. Trouble, regret, angoisse, crainte
Devant l’avenir hasardeux,
Dans l’étau de la même étreinte,
Nous serrait le cœur à tous deux. Ah! partir ! dire qu’on se quitte!
Qu’il faut vivre seul, à part!
Un malheur arrive si vite!
Quel déchirement qu’un départ! C’est la vie, ô ma pauvre père!
Vainement l’homme s’en défend.
Dieu veut que tout soit éphémère,
Même le bonheur d’un enfant… Oui, demain, cette nuit peut-être,
Loin de mon cœur tu peux mourir!
Grand Dieu! n’étais-tu pas le maître
De nous faire un peu moins souffrir? Dans la providence suprême,
Dieu bon! ne pouvais-tu donc pas
Laisser l’homme avec ceux qu’il aime
S’endormir d’un commun trépas? Non, tu sépares dès ce monde
Ceux que tu viens d’y réunir,
Et dans ta sagesse profonde
Nous devons encore te bénir C’est ainsi qu’un jardin plus sombre,
Guidant ma mère pas à pas,
Le cœur serré, l’esprit plein d’ombre,
Je marchais en pressant son bras; Et, roulant la funèbre idée
(De mon âme éternel tourment!)
Je pris sa vieille main ridée,
Et la baisai tout doucement
Image libre de droit de Alain Audet – Pixabay.com