Georges Hüe (Versailles 1858-1948)
Poème d’Albert Samain
Éditions Heugel
Pour voix moyenne et piano
Partition
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1. La Saison surannée
2. Gestes de menuet
3. Prestiges enfuis
4. Le Bosquet de Vertumne
La Saison surannée (PDF page 2)
Lent et mélancolique à 4/4
Ré mineur(Do3-Mi4)
Ô Versailles, par cette après-midi fanée,
Pourquoi ton souvenir m’obsède-t-il ainsi ?
Les ardeurs de l’été s’éloignent et voici
Que s’incline vers nous la saison surannée.
Je veux revoir, au long d’une calme journée,
Tes eaux glauques que jonche un feuillage roussi,
Et respirer encore, un soir d’or adouci,
Ta beauté plus touchante au déclin de l’année.
Voici tes ifs en cône et tes tritons joufflus,
Tes jardins composés où Louis ne vient plus,
Et ta pompe arborant les plumes et les casques.
Comme un grand lys tu meurs, noble et triste, sans bruit ;
Et ton onde épuisée au bord moisi des vasques
S’écoule, douce ainsi qu’un sanglot dans la nuit.
Gestes de menuet (PDF page 6)
Mouvement de menuet pompeux à 3/4
Do Majeur (Do3-Fa4)
Grand air. Urbanité des façons anciennes.
Haut cérémonial. Révérences sans fin.
Créqui, Fronsac, beaux noms chatoyants de satin.
Mains ducales dans les vieilles valenciennes,
Mains royales sur les épinettes. Antiennes
Des évêques devant Monseigneur le Dauphin.
Gestes de menuet et cœurs de biscuit fin ;
Et ces grâces que l’on disait Autrichiennes…
Princesses de sang bleu, dont l’âme d’apparat,
Des siècles, au plus pur des castes macéra.
Grands Seigneurs pailletés d’esprit, Marquis de Sèvres,
Tout un monde galant, vif, brave, exquis et fou,
Avec sa fine épée en verrouil, et surtout
Ce mépris de la mort, comme une fleur, aux lèvres !
Prestiges enfuis (PDF page 10)
Modéré à 6/8
Fa mineur (Réb3-Mi4)
Mes pas ont suscité les prestiges enfuis.
Ô psyché de vieux saxe où le passé se mire,
C’est ici que la reine, en écoutant Zémire,
Rêveuse, s’éventait dans la tiédeur des nuits.
Ô visions : paniers, poudre et mouches, et puis,
Léger comme un parfum, joli comme un sourire,
C’est cet air vieille France ici que tout respire,
Et toujours cette odeur pénétrante des buis…
Mais ce qui prend mon cœur d’une étreinte infinie,
Aux rayons d’un long soir durant son agonie,
C’est ce Grand Trianon solitaire et royal
Et son perron désert où l’automne, si douce,
Laisse pendre en rêvant sa chevelure rousse
Sur l’eau divinement triste du grand canal.
Le Bosquet de Vertumne (PDF page 14)
Lent, un peu solennel à 4/4
Ré mineur (Do#3-Fa4)
Le bosquet de Vertumne est délaissé des Grâces.
Cette ombre, qui, de marbre en marbre gémissant,
Se traîne et se retient d’un beau bras languissant,
Hélas, c’est le Génie en deuil des vieilles races.
Ô Palais, horizon suprême des terrasses,
Un peu de vos beautés coule dans notre sang ;
Et c’est ce qui vous donne un indicible accent,
Quand un couchant sublime illumine vos glaces !
Gloires dont tant de jours vous fûtes le décor,
Ames étincelant sous les lustres, soirs d’or,
Versailles … Mais déjà s’amasse la nuit sombre
Et mon cœur tout à coup se serre, car j’entends,
Comme un bélier sinistre aux murailles du temps,
Toujours le grand bruit sourd de ces flots noirs dans l’ombre.
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Albert Samain, Georges Hüe, Voix moyenne
Versailles de Georges Hüe