Raymond Hervé (18..-19..)
Quatre Mélodies (1909)
Pour voix moyenne et piano
Poèmes de Louis Even

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Au large
Les Fontaines
Les Jardins
Marine


1.Au large (1909)
Modéré à 6/8
Mi bémol mineur (Fa3-Solb4)
Partition

Sous la douceur voilée de brune du clair de lune
le frais vent d’est roule les vagues en volutes,
Longues et souples elles se poursuivent.
L’écume fleurit leur chevelure emmêlée d’algues brunes.
Vers le ciel vague se diffuse parmi la brume leur fluide
murmure ou module une flûte.
Flûte connue de tous les voyageurs taciturnes,
flûte du vent plus triste encor d’être nocturne,
et qui chante aux cœurs lourds d’importunes rancunes
du départ vers l’oubli la salubre amertume.


2.Les Fontaines
Lent et sans nuance à 4/4
Sol dièse mineur (Sib2-Fa#4)
Partition

La nuit brune de juin s’étend sur les taillis,
bien que sans lune elle est vaguement éclairée
par les scintillements innombrables jaillis
des astres radieux dont sa voûte est dorée.

Doucement pour ne pas entendre au moindre bruit
les colombes ouvrir leurs ailes effarées
par la pelouse sourde aux pas jusqu’à l’orée
Allons voir sommeiller les arbres recueillis
Le silence est parfait.

Et seul le chuchotis
de l’eau qui d’un bassin sous les feuilles blotti
goutte à goutte s’épand berce la paix sereine
Laissant couler aussi
Les heures incertaines
écoutons caressés par le frais clapotis,
De ce bassin tout proche aux clairières lointaines.
La nuit rêver tout haut par les voix des fontaines


3.Les Jardins
Modérement animé à 3/4
Ré mineur (Réb3-Sol4)
Partition


J’aime dans les jardins au printemps
l’herbe souple l’herbe jamais broutée
et qui frissonne au moindre souffle au moindre vent
d’un long mouvement ondulant
qui court le long du sel qu’il frôle doucement
d’une caresse veloutée.

J’aime dans les jardins au printemps
l’herbe luisante et veloutée
J’aime dans les jardins
quand Juin sous le ciel incolore brûle
lorsque l’horizon tremble au loin
pas une branche n’ondule.
Et que l’ombre sur le soir devient plus sombre
Lorsque les oiseaux las ont replié leur vol
Et tû leur chant pour s’endormir parmi les feuilles

J’aime dans les jardins
ce calme qui m’accueille
ce calme au sein duquel mes chagrins
se recueillent
Je trouve en son néant cette sérénité
cet étrange bonheur de sentir l’hébétude
étendre à mon esprit l’exquise lassitude
qu’apporte au corps un soir d’été.


4.Marine
Presque lent à 4/4
Mi mineur (Do3-Fa4)
Partition

Le falot sur le mât luisant
balance sa lueur jaunie
que hache tristement la pluie
Avec de légers tintements
les gouttes chassent le vent
cinglent la vitre dépolie
un monotone grincement
de corde sur une poulie
énerve la mélancolie
du port aux fenêtres rougies
qui se découpent vaguement
à travers le ruissèlement
vaste et tenace de la pluie.



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