Louis Lacombe (1818-1884)
Oeuvre posthume
Trente Lieder (2ème Recueil)

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Thérésine (Jules Barbier)
Unité (Victor Hugo)
La Source et la Mer (Victor Hugo)
L’Été, la Nuit, l’Amour (Méry)
Morni et l’Ombre de Cormal
La Gerbe (Paul d’Estrée)
Mors (Victor Hugo)


Thérésine n°20
Poème de Jules Barbier
Pour voix haute colorature et piano
Allegro moderato à 3/4
Sol Majeur (Ré3-Ré5) avec Vocalises
Partition

Thérésine, Thérésine
Pourquoi rire de l’amour
Comme une autre, j’imagine,
Tu seras prise à ton tour.
Ah! (vocalises)
Thérésine, Thérésine
Dieu t’a faite pour aimer
Un galant de belle mine
Finira par te charmer.
Ah! (vocalises)
Thérésine, Thérésine
Quand l’amour aura ton cœur,
Comme moi, je le devine,
Tu chériras la douleur.
Ah! (vocalises)

Unité n°21
Poème de Victor Hugo
Pour voix haute et piano
Modéré à 4/4
Do Majeur (Ré#3-La4)
Partition

Par-dessus l’horizon aux collines brunies,
Le soleil, cette fleur des splendeurs infinies,
Se penchait sur la terre à l’heure du couchant ;
Une humble marguerite, éclose au bord d’un champ,
Sur un mur gris, croulant parmi l’avoine folle,
Blanche épanouissait sa candide auréole ;
Et la petite fleur, par-dessus le vieux mur,
Regardait fixement, dans l’éternel azur,
Le grand astre épanchant sa lumière immortelle.
«Et, moi, j’ai des rayons aussi !» lui disait-elle.

La Source et la Mer n°22
Poème de Victor Hugo
Pour baryton et piano
Paisiblement à 4/4
Si bémol mineur /Si bémol Majeur (Sib2-Ré3)
Partition

La source tombait du rocher
Goutte à goutte à la mer affreuse.
L’océan, fatal au nocher,
Lui dit : – Que me veux-tu, pleureuse ?
Je suis la tempête et l’effroi ;
Je finis où le ciel commence.
Est-ce que j’ai besoin de toi,
Petite, moi qui suis l’immense ? –
La source dit au gouffre amer :
– je te donne, sans bruit ni gloire,
Ce qui te manque, ô vaste mer !
Une goutte d’eau qu’on peut boire.

L’Été, la Nuit, l’Amour n°23
Poème de Méry
Pour voix haute et piano
Pas vite à 3/4
Sol Majeur (Ré3-Sol4)
Partition

Fleurs qu’adore
La beauté,
Ciel que dore
La gaité,
Loin des villes,
Frais asiles,
Flots tranquilles,
C’est l’été.
Lune pleine,
Mer qui luit,
Tiède haleine
De la nuit,
Sous la treuille
Douce veille
Sans pareille,
C’est la nuit.
Feu qui dore
Tout séjour,
Et dévore
Chaque jour,
Et prolonge
Le mensonge
D’un doux songe,
C’est l’amour.

Morni et l’Ombre de Cormal n°24
« Les Poèmes d’Ossian »
Poème de James Macpherson
d’après de vieilles chansons galliques
Les Poésies
Pour baryton et piano
Largement à 3/4
Sol dièse mineur (Sol#1-Fab3)
Partition

MORNI
Fléau des boucliers, habitant des tempêtes,
Toi qui lances la foudre et déchaînes les vents,
Contre le fier Dunscar mes phalanges sont prêtes.
Dois-je effacer ce roi du nombre des vivants?
O père de Morni ! du sein de tes orages
De ton fils bien aimé daigne entendre la voix.
Cesse de te jouer sur ces tristes rivages
La bataille sanglante environne mes bois.
Mais l’aigle de l’Arven s’envole frémissante
Le chêne est ébranlé, l’éclair luit dans les cieux.
Ton approche à la fois me charme et m’épouvante.
Roi des sombres brouillards viens-tu combler mes voeux ?
L’OMBRE
Quelle voix me réveille au sein de mon nuage ?
MORNI
C’est celle de ton fils. Un ennemi jaloux
Ose jusqu’en ces lieux défier mon courage.
Vaillant chef de Clora, seconde mon courroux;
Ordonne, tu peux tout.
L’OMBRE
Que veux-tu ?
MORNI
Ton épée,
A l’heure du péril qu’elle brille pour moi;
Dans un fleuve de sang que par mes mains trempée,
Des murs où tu naquis elle écarte l’effroi.
Lorsque tous ces héros trompés par la victoire,
Gémiront sur l’orgueil qui les aura conduits.
Je jure par ce glaive, instrument de ma gloire,
De la rendre au tombeau.
L’OMBRE
Prends, combats et détruits.

La Gerbe n°28
Poème de Paul d’Estrée
Pour voix haute et piano
Modéré à 6/8
Fa mineur (Do3-Sol4)
Partition

Les épis ont donné la moisson attendue;
Et serrant d’un lien leurs longs corselets d’or
La gerbe en attendant qu’on la soulève, dort
Sur le champ dépouillé mollement étendue.
Mais d’un ciel gris et bas la pluie est descendue
Lente, fine, serrée et froide; il pleure encor,
Il pleut toujours; la gerbe, émiettant son trésor
Jonche le sol fangeux de sa gloire perdue.
Ainsi de nos printemps s’éparpille au soleil
A peine mûr le fruit odorant et vermeil
Que l’esprit moissonneur vigilant met en gerbe
Mais viennent le temps sombre et le brouillard glacé,
Ce monceau de bonheur lentement amassé
Se flétrit, se noircit et finit comme l’herbe.

Mors n°30
Poème de Victor Hugo
Pour voix moyenne et piano
Lent à 4/4
Fa Majeur (Sol2-Solb4)
Partition

Je vis cette faucheuse. Elle était dans son champ.
Elle allait à grands pas, moissonnant et fauchant,
Noir squelette laissant passer le crépuscule
Dans l’ombre où l’on dirait que tout tremble et recule,
L’homme suivait des yeux les lueurs de la faulx.
Et les triomphateurs, sous les arcs triomphaux
Tombaient; elle changeait en désert Babylone,
Le trône en échafaud et l’échafaud en trône,
Les roses en fumier, les enfants en oiseaux,
L’or en cendre, et les yeux des mères en ruisseaux.
Et les femmes criaient : Rends-nous ce petit être,
Pour le faire mourir, pourquoi l’avoir fait naître?
Ce n’était qu’un sanglot sur terre, en haut, en bas;
Des mains aux doigts osseux sortaient des noirs grabats;
Un vent froid bruissait dans les linceuls sans nombre;
Les peuples éperdus semblaient sous la faulx sombre
Un troupeau frissonnant qui dans l’ombre s’enfuit;
Tout était sous ses pieds deuil, épouvante et nuit.
Derrière elle, le front baigné de douces flammes,
Un ange souriant portait la gerbe d’âmes.


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