Textes de Jules Renard

Isabelle Aboulker (1938)
Vingt-huit Mélodies
sur des textes extraits de « Histoires naturelles » et du « Journal » de Jules Renard
Éditions Lemoine
Notes sur l’oeuvre
Histoires naturelles
Journal
Pour voix d’enfants ou
mezzo-sopranos et barytons et piano
Partition à la BNF Paris Richelieu
– Section Musique (Cote : VMG-55248)(avec piano)
Partition en ligne

Cliquez sur un titre…
1. Une Mouche
2. Le Chat et la souris
3. Le Chat et les oiseaux
4. Le Chat et le rat
5. Le Corbeau
6. Le Cerf
7. Les Petits oiseaux
8. L’ Araignée
9. Le Taureau
10. Grosse fatigue
11. Le Papillon
12. Les Feuilles frissonnent
13. Une feuille entrait chez moi
14. La Tempête
15. Le Ver luisant
16. Le Crapaud
17. Les Poissons
18. Le Ver
19. Les Dindes
20. La Chèvre
21. Le Lézard
22. La Chenille
23. Le Lapin
24. Les Fourmis
25. Le Soleil et la lune
26. Le Corbeau boudeur
27. La Poule
28. Quoi !

Vidéos : Intèprètes : Nina Velasco, Simon Rosenfeld, Emma Frémeaux
Frédérique Autret-Rosenfeld (Direction musicale)


1. Une Mouche « Journal – 16 août 1906 »
Une mouche entre par toutes les fenêtres ouvertes
Et sort sans que personne n’ait compris
Quelle nouvelle elle a apporté.

2. Le Chat et la souris « Histoires naturelles – Chat I »
Le mien ne mange pas les souris ; oui, oui, oui, pas les souris !
Il n’en attrape que pour jouer avec. Quand il a bien joué, il lui fait grâce de la vie, et il va rêver ailleurs, l’innocent, assis dans la boucle de sa queue, la tête bien fermée comme un poing.
Mais à cause des griffes, la souris est morte.
[* En italique : Modification du texte]

3. Le Chat et les oiseaux « Histoires naturelles – Chat II »
Partition en extrait
On lui dit : « Prends les souris et laisse les oiseaux ! »
C’est bien subtil, et le chat quelquefois se trompe.
[* En italique : Modification du texte]

4. Le Chat et le rat « Journal – 18 juillet 1899 »
Le rat au bout de la branche, le chat sur le tronc. Coup de fusil, le rat tombe. Le chat vole, flaire et s’éloigne, un peu étonné tout de même de sa puissance.

5. Le Corbeau « Histoires naturelles – Le corbeau III »
Parlé : Oh my dear, listen to this funny story: Un corbeau
Chanté Tout à l’heure annonçait malheur à quelque oiseau.
Parlé : Oh my dear,
Chanté j’ai pris mon fusil et J’ai tué le corbeau. Il ne s’était
Parlé : pas trompé.
[* En italique : Modification du texte]

6. Le Cerf « Histoires naturelles »
J’entrai au bois par un bout de l’allée, comme il arrivait par l’autre bout.
Je crus d’abord qu’une personne étrangère s’avançait avec une plante sur la tête.
Puis je distinguais le petit arbre nain, aux branches écartées et sans feuilles.
Enfin le cerf apparut net et nous nous arrêtâmes tous deux.
Je lui dis :
— Approche. Ne crains rien. Si j’ai un fusil, c’est par contenance, pour imiter les hommes qui se prennent au sérieux. Je ne m’en sers jamais et je range mes cartouches dans leur tiroir.
Le cerf écoutait et flairait mes paroles. Dès que je me tus, il n’hésita point :
Parlé : ses jambes remuèrent comme des tiges qu’un souffle d’air croise et décroise.
Chanté : Il s’enfuit.
Parlé : — Quel dommage ! lui criai-je. Je rêvais déjà que nous faisions route ensemble. Moi, je t’offrais, de ma main, les herbes que tu aimes, et toi, d’un pas de promenade, tu portais mon fusil couché sur ta ramure.
[* En italique : Modification du texte]

7. Les Petits oiseaux « Journal – 20 juillet 1905 »
Les petits oiseaux discrets qui ne se montrent à personne qui passent sans être vus d’un buisson à l’autre et qui ne doivent même pas avoir de nom.
[* En italique : Modification du texte]

8. L’ Araignée « Journal – 17 octobre 1902 »
Une araignée a tendu sa toile entre deux fils télégraphiques pour écouter ce qu’on dit.

9. Le Taureau « Histoires naturelles »
C’est un taureau fameux et sa taille étonne les passants sur la route.
On l’admire à distance et, s’il ne l’a fait déjà, il pourrait lancer un homme au ciel, ainsi qu’une flèche, avec l’arc de ses cornes.
Plus doux qu’un agneau tant qu’il veut, il se met tout à coup en fureur, quand ça lui prend, et près de lui, on ne sait jamais ce qui arrivera.
[* En italique : Modification du texte]

10. Grosse fatigue « Journal – 15 octobre 1901 »
Un chien si las, qu’il ne sait quelle patte, poser la première.

11. Le Papillon « Histoires naturelles »
Ce billet doux plié en quatre cherche une adresse de fleur.
[* En italique : Modification du texte]

12. Les Feuilles frissonnent « Journal – 13 octobre 1903 »
Les feuilles frissonnent déjà de froid. Elles voudraient rentrer par la fenêtre, et s’agitent comme des petites mains glacées.

13. Une feuille entrait chez moi
Une feuille entrait chez moi par la fenêtre ouverte . Je l’ai prise et je l’ai relâchée.

14. La Tempête « Journal – 17 août 1896 »
La tempête, les arbres tourbillonnent, les bras en l’air, comme des soldats frappés au cœur.
La tempête, les maisons s’accroupissent, tremblant comme des navires à l’ancre.
La tempête, les girouettes ne savent plus où tourner.
La tempête, les poires tombent et les pommes de terre se découvrent.
Les peupliers, les feuilles du même côté ramènent leurs cheveux sur leurs tempes.
La tempête…

15. Le Ver luisant « Histoires naturelles »
Que se passe-t-il ? Neuf heures du soir et il y a encore de la lumière chez lui.

16. Le Crapaud « Journal – 12 juin 1898 »
J’écoute le crapaud. Régulièrement s’échappe de lui une goutte sonore, une goutte triste.
Elle ne semble pas venir de terre : on dirait plutôt la plainte d’un oiseau perché sur un arbre.
C’est le gémissement obstiné de toute la campagne ruisselante de pluie.
Un aboiement de chien, un bruit de porte le font taire.
[* En italique : Modification du texte]

17. Les Poissons « Histoires naturelles – Le goujon »
Partition en extrait
Décidément, ils ne veulent pas mordre. Ils ne savent donc pas
Parlé : que c’est aujourd’hui l’ouverture de la pêche !

18. Le Ver « Histoires naturelles »
En voilà un qui s’étire et qui s’allonge comme une vieille nouille.
[* En italique : Modification du texte]

19. Les Dindes « Histoires naturelles – Dindes II »
Sur la route, voici encore le pensionnat de dindes.
Chaque jour, quelque temps qu’il fasse, elles se promènent.
Elles ne craignent pas la pluie, personne ne se retrousse mieux qu’une dinde.
Elles ne craignent pas le soleil, une dinde ne sort jamais sans son ombrelle.
Sur la route, voici encore le pensionnat de dindes.
Chaque jour, quelque temps qu’il fasse, elles se promènent.
Parlé : Quelles gourdes !
[* En italique : Modification du texte]

20. La Chèvre « Histoires naturelles »
Parlé: Personne ne lit la feuille du Journal officiel affichée au mur de la mairie.
Si, la chèvre.
Chanté : Elle se dresse sur ses pattes de derrière, appuie celles de devant au bas de l’affiche, remue ses cornes et sa barbe, et agite sa tête de droite et de gauche, comme une vieille dame qui lit.
Sa lecture finie, le papier sentant bon la colle fraîche, la chèvre le mange.
Parlé : Rien ne se perd dans la commune.
[* En italique : Modification du texte]

21. Le Lézard « Histoires naturelles »
Le lézard est le fils de la pierre fendue où je m’appuie, il me grimpe sur l’épaule. Il a cru que je continuais le mur parce que je reste immobile et que j’ai un manteau couleur de muraille. Ça flatte tout de même.
[* En italique : Modification du texte]

22. La Chenille « Journal – 26 septembre 1907 »
Partition en extrait
Dans l’allée, la chenille se joue un petit air d’accordéon,
Un p’tit air, un p’tit air,
Un petit air d’accordéon qu’on n’entend pas.
Aucun son ne sort.
Parlé : Aucun son ne sort.

23. Le Lapin « Journal – 7 mars 1899 »
Le lapin allongé, les yeux mi-clos, semble dire: « le monde me fatigue ».

24. Les Fourmis « Histoires naturelles – Les fourmis I »
Chacune d’elle ressemble au chiffre 3. Et il y en a ! il y en a !
Il y en a 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3… jusqu’à l’infini.

25. Le Soleil et la lune « Journal – Avril 1898 »
Le soleil n’est pas encore couché et la lune se lève pour voir ce soleil dont on parle tant.

26. Le Corbeau boudeur « Journal – 22 décembre 1899 »
Une troupe de corbeaux s’envole. Un seul reste, par on ne sait quelle misanthropie de corbeau qui ne veut pas suivre les autres.

27. La Poule « Histoires naturelles »
(Prosodie ryhtmique)
Pattes jointes, elle saute du poulailler, dès qu’on lui ouvre la porte.
C’est une poule commune, modestement parée et qui ne pond jamais d’œufs d’or.
Éblouie de lumière, elle fait quelques pas, indécise, dans la cour.
Elle voit d’abord le tas de cendres où, chaque matin, elle a coutume de s’ébattre.
Elle s’y roule, s’y trempe, et, d’une vive agitation d’ailes, les plumes gonflées, elle secoue ses puces de la nuit.
Puis elle va boire au plat creux que la dernière averse a rempli.
Elle ne boit que de l’eau.
Elle boit par petits coups et dresse le col, en équilibre sur le bord du plat.
Les fines herbes sont à elle, et les insectes et les graines perdues.
Elle pique, elle pique, infatigable.
De temps en temps, elle s’arrête.
Droite sous son bonnet phrygien, l’œil vif, le jabot avantageux, elle écoute de l’une et de l’autre oreille.
Et, sûre qu’il n’y a rien de neuf, elle se remet en quête.
Elle lève haut ses pattes raides, comme ceux qui ont la goutte. Elle écarte les doigts et les pose avec précaution, sans bruit.
On dirait qu’elle marche pieds nus.

28. Quoi ! « Histoires naturelles – Le corbeau II »
Quoi ? Quoi ? Quoi ?
— Rien.


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