Pierre Vellones (1889-1939)
Prélude et Cinq Fables de Florian
Editions Durand
Pour voix haute et piano
ou jazz symphonique, ou orchestre
Partition à la BNF Paris Richelieu (Cote : FOL-VM7-24337)
Partition en ligne

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1. Prélude
2. Le Miroir de la Vérité
3. L’Amour et sa Mère
4. Le Voyage
5. Le Poisson volant
6. Le Charlatan
7. Épilogue



2. Le Miroir de la Vérité
La bémol Majeur (Réb3-Lab4)
Dans le beau siècle d’or, quand les premiers humains,
Au milieu d’une paix profonde,
Coulaient des jours purs et sereins,
La Vérité courait le monde
Avec son miroir dans les mains.
Chacun s’y regardait, et le miroir sincère
Retraçait à chacun son plus secret désir
Sans jamais le faire rougir :
Temps heureux, qui ne dura guère !
L’homme devint bientôt méchant et criminel.
La Vérité s’enfuit au ciel
En jetant de dépit son miroir sur la terre ;
Le pauvre miroir se cassa.
Ses débris, qu’au hasard la chute dispersa,
Furent perdus pour le vulgaire.
Plusieurs siècles après on en connut le prix ;
Et c’est depuis ce temps que l’on voit plus d’un sage
Chercher avec soin ces débris,
Les retrouver parfois ; mais ils sont si petits
Que personne n’en fait usage.
Hélas ! le sage le premier
Ne s’y voit jamais tout entier.

3. L’Amour et sa Mère
Si Majeur (Ré#3-Fa#4)
Quand la belle Vénus, sortant du sein des mers,
Promena ses regards sur la plaine profonde,
Elle se crut d’abord seule dans l’univers ;
Mais près d’elle aussitôt l’Amour naquit de l’onde.
Vénus lui fit un signe, il embrassa Vénus ;
Et se reconnaissant, sans s’être jamais vus,
Tous deux sur un dauphin voguèrent vers la plage.
Comme ils approchaient du rivage,
L’Amour, qu’elle portait, s’échappe de ses bras,
Et lance plusieurs traits en criant : Terre ! terre !
Que faites-vous, mon fils ? lui dit alors sa mère.
Maman, répondit-il, j’entre dans mes États.

4. Le Voyage
Si Majeur (Ré3-Sol4)
Partir avant le jour, à tâtons, sans voir goutte,
Sans songer seulement à demander sa route,
Aller de chute en chute, et, se traînant ainsi,
Faire un tiers du chemin jusqu’à près de midi ;
Voir sur sa tête alors amasser les nuages,
Dans un sable mouvant précipiter ses pas,
Courir, en essuyant orages sur orages,
Vers un but incertain où l’on n’arrive pas ;
Détrompé vers le soir, chercher une retraite,
Arriver haletant, se coucher, s’endormir :
On appelle cela naître, vivre et mourir ;
La volonté de Dieu soit faite !


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5. Le Poisson volant
Sol mineur (Sol3-Sol4)
Dorothy Warenskjold (Soprano)
Rollin Jensen (Piano)
Certain poisson volant, mécontent de son sort,
Disait à sa vieille grand’ mère :
Je ne sais comment je dois faire
Pour me préserver de la mort.
De nos aigles marins je redoute la serre
Quand je m’élève dans les airs,
Et les requins me font la guerre
Quand je me plonge au fond des mers.
La vieille lui répond : Mon enfant, dans ce monde
Lorsqu’on n’est pas aigle ou requin,
Il faut tout doucement suivre un petit chemin,
En nageant près de l’air et volant près de l’onde.

6. Le Charlatan
Si mineur (Mi3-La4)
Sur le Pont-Neuf, entouré de badauds,
Un charlatan criait à pleine tête :
Venez, messieurs, accourez faire emplette
Du grand remède à tous les maux ;
C’est une poudre admirable
Qui donne de l’esprit aux sots,
De l’honneur aux fripons, l’innocence aux coupables,
Aux vieilles femmes des amants,
Au vieillard amoureux une jeune maîtresse,
Aux fous le prix de la sagesse,
Et la science aux ignorants.
Avec ma poudre, il n’est rien dans la vie
Dont bientôt on ne vienne à bout ;
Par elle on obtient tout, on sait tout, on fait tout ;
C’est la grande encyclopédie.
Vite je m’approchai pour voir ce beau trésor…
C’était un peu de poudre d’or.


Autre Compositeur sur le même poème
Étienne Rey (1832-1923)
Six fables de Lafontaine et de Florian n°5
Partition à la BNF Paris Richelieu



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