Emmanuel Chabrier (1841-1894)
Mélodie de 1889 (D.70) sur une poésie d’ Edmond Rostand
Editions Leduc
pour voix moyenne et piano
Animé à 2/2 – Mi Majeur (Do3-Mi4)

Partition
Cette mélodie fait partie du recueil « Six Mélodies » :
1. Ballade des gros dindons (fiche dans ce blog)
2. Villanelle des petits canards (fiche dans ce blog)
3. Pastorale des cochons roses
4. L’Île heureuse
5. Les Cigales (fiche dans ce blog)
6. Toutes les fleurs


Le jour s’annonce à l’Orient,
De pourpre se coloriant,
Le doigt du matin souriant
Ouvre les roses !
Et sous la garde d’un gamin
Qui tient une gaule à la main,
On voit passer sur le chemin
Les cochons roses.

Le rose rare au ton charmant
Qu’à l’horizon, en ce moment,
Là-bas, au bord du firmament
On voit s’étendre,
Ne réjouit pas tant les yeux,
N’est pas si frais et si joyeux
Que celui des cochons soyeux
D’un rose tendre !

Le zéphir, ce doux maraudeur,
Porte plus d’un parfum rôdeur
Et dans la matinale odeur
Des églantines,
Les petits cochons transportés
Ont d’exquises vivacités
Et d’insouciantes gaietés
Presque enfantines ;

Heureux, poussant de petits cris,
Ils vont par les sentiers fleuris
Et ce sont des jeux et des ris
Remplis de grâces ;
Ils vont, et tous ces corps charnus
Sont si roses qu’ils semblent nus
Comme ceux d’amours ingénus
Aux formes grasses.
Des points noirs dans ce rose clair
Semblant des truffes dans leur chair,
Leur donnent vaguement un air
De galantine ;
Et leur petit trottinement,
À cette graisse, incessamment,
Communique un tremblotement
De gélatine.

Le long du ruisseau floflottant,
Ils suivent tout en ronflotant
La blouse au large dos flottant
De toile bleue,
Ils trottent, les petits cochons,
Les gorets gras et folichons,
Remuant les tire-bouchons
Que fait leur queue !

Puis, quand les champs sans papillons
Exhaleront de leurs sillons
Les plaintes douces des grillons
Toujours pareilles,
Les cochons rentrant au bercail
Défileront sous le portail
Agitant le double éventail
De leurs oreilles ;

Et quand là-bas, à l’Occident,
Croulera le soleil ardent,
À l’heure où le soir descendant
Ferme les roses,
Paisiblement couchés en rond,
Près de l’auge couleur marron,
Bien repus ils s’endormiront,
Les cochons roses !


Bruno Laplante, baryton et Janine Lachance au piano.


Image par PublicDomainPictures de Pixabay