Poème de Jean de La Ville de Mirmont

Gabriel Fauré (1845-1924)
Recueil de quatre mélodies Op.118
Éditions Durand
Pour voix moyenne et piano
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1. La mer est infinie
2. Je me suis embarqué
3. Diane, Séléné
4. Vaisseaux, nous vous aurons aimés

Vidéos : Gérard Souzay (baryton) – Jacqueline Bonneau (Piano)

1. La mer est infinie (PDF page 4)
Andante quasi allegretto à 3/4
Ré Majeur (Ré3-Mi4)

La mer est infinie et mes rêves sont fous.
La mer chante au soleil en battant les falaises
Et mes rêves légers ne se sentent plus d’aise
De danser sur la mer comme des oiseaux soûls.

Le vaste mouvement des vagues les emporte,
La brise les agite et les roule en ses plis ;
Jouant dans le sillage, ils feront une escorte
Aux vaisseaux que mon cœur dans leur fuite a suivis.

Ivres d’air et de sel et brûlés par l’écume
De la mer qui console et qui lave des pleurs,
Ils connaîtront le large et sa bonne amertume ;
Les goélands perdus les prendront pour des leurs.

2. Je me suis embarqué (PDF page 7)
Andante moderato à 3/4
Ré bémol Majeur (Do#3-Ré4)

Je me suis embarqué sur un vaisseau qui danse
Et roule bord sur bord et tangue et se balance.
Mes pieds ont oublié la terre et ses chemins ;
Les vagues souples m’ont appris d’autres cadences
Plus belles que le rythme las des chants humains.

À vivre parmi vous, hélas ! avais-je une âme ?
Mes frères, j’ai souffert sur tous vos continents.
Je ne veux que la mer, je ne veux que le vent
Pour me bercer, comme un enfant, au creux des lames.

Hors du port qui n’est plus qu’une image effacée,
Les larmes du départ ne brûlent plus mes yeux.
Je ne me souviens pas de mes derniers adieux…
Ô ma peine, ma peine, où vous ai-je laissée ?

3. Diane, Séléné (PDF page 11)
Lento, ma non troppo à 4/4
Mi bémol Majeur (Mib3-Mib4)

Diane, Séléné, lune de beau métal,
Qui reflètes vers nous, par ta face déserte,
Dans l’immortel ennui du calme sidéral,
Le regret d’un soleil dont nous pleurons la perte,

Ô lune, je t’en veux de ta limpidité
Injurieuse au trouble vain des pauvres âmes,
Et mon cœur, toujours las et toujours agité,
Aspire vers la paix de ta nocturne flamme.

4. Vaisseaux, nous vous aurons aimés (PDF page 13)
Andante quasi allegretto à 12/8
Ré Majeur (Ré3-Mi4)

Vaisseaux, nous vous aurons aimés en pure perte ;
Le dernier de vous tous est parti sur la mer.
Le couchant emporta tant de voiles ouvertes
Que ce port et mon cœur sont à jamais déserts.

La mer vous a rendus à votre destinée,
Au delà du rivage où s’arrêtent nos pas.
Nous ne pouvions garder vos âmes enchaînées ;
Il vous faut des lointains que je ne connais pas.

Je suis de ceux dont les désirs sont sur la terre.
Le souffle qui vous grise emplit mon cœur d’effroi,
Mais votre appel, au fond des soirs, me désespère,
Car j’ai de grands départs inassouvis en moi.


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