Georges Hüe (1858-1948)
Recueil de huit mélodies
Pour voix haute et piano
Partition
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1. Berceuse triste
2. L’âne blanc
3. Chanson d’amour et de souci
4. La fille du Roi de Chine
5. Sur l’eau
6. La barbe blanche
7. La bourse d’or
8. L’oubli
1. Berceuse triste
Assez lent et très calme à 4/4
Fa dièse mineur (Mi3-Solb4) Amel Brahim-Djelloul (Soprano)
Nicolas Jouve (Piano)
Douce, douce adorée,
Dors :
Ce soir j’ai trop pleuré !
Aux quenouilles les fileuses brodent
Ta légère robe
De violettes d’Endor
Et de roses de Rhodes.
Douce, douce adorée,
Dors.
Ce soir, j’ai pleuré comme un fou.
Ta bouche est trop douce
Et tes yeux sont trop doux.
Mon page !
Qu’on m’apporte
Du vin de Rhodes
Ou du vin de Chypre à rose mousse
Dans une coupe d’émeraude.
Ce soir, j’ai pleuré comme un fou,
Ce soir, pour une rose morte !
Fileuses à vos rouets,
Fredonnez cette romance
Que vous savez d’anciens rois,
Chanson d’amour et de démence.
Mais laissez les roses
Et les violettes d’Endor ;
Qu’importent toutes ces choses ?
Dors :
Ce soir, j’ai trop pleuré !
Dors, oh ! dors !
Douce, douce adorée !
Dors !
2. L’âne blanc (PDF page 9)
Allegretto moderato à 2/4
Mi bémol Majeur (Mib3-Sol4) Renée Doria (Soprano)
Simone Gouat (Piano)
Je ne t’envoie ni vase, ni roses ce soir,
Mignonne Mirza, mais tu auras,
Mené par mon esclave noir
Un petit âne blanc de Bassora.
La selle est en cuir gaufré
De Damas, et d’orfèvreries couverte,
Et la bride brodée de soie verte
Pend de ses oreilles sur le pré.
Demain tu mettras ta robe d’azur
Peinte d’oiseaux voltigeant,
Tu mettras aux hanches fines ta ceinture
Et ta mule dans l’étrier d’argent.
Et bercée au pas tranquille de ton âne,
Comme une reine d’Orient ou de Bohême,
Tu viendras jusqu’à la cabane
De ce vieux sorcier sourieur qui t’aime.
Chanson d’amour et de souci (PDF page 14)
Très lent à 3/4
La mineur (Mi3-Fa4) Une rose s’effeuille au verger :
Une chanson de flûte s’éloigne adoucie ;
Une chanson meurt
Dans le soir léger :
L’amour aussi.
Rien sans doute ne demeure :
Toute chose est brève,
L’amour aussi ;
Les lèvres un jour s’écartent des lèvres …
Et rien, hélas ! ne demeure
Que le souci !
4. La fille du Roi de Chine (PDF page 17)
Assez vite à 3/4
Mi Majeur (Fa#3-Sol#4) Amel Brahim-Djelloul (Soprano)
Nicolas Jouve (Piano)
Je suis fou de la fille du roi de Chine
Comme le beau Camaralzaman ;
Je suis fou de la fille du roi de Chine
Et dans mon rêve ensorceleur, je m’imagine
Être son prince charmant.
Je m’imagine être ce prince de rêve
Et je voudrais écrire comme Li-Taï-Pé
Des vers berceurs sur la fleur de ses lèvres
Et sur le croissant de ses sourcils coupés
Que l’art du pinceau savant achève.
Pourtant, je sais bien que ses yeux irisés
Ne me souriront pas sans doute,
Que ses lèvres ne s’ouvriront pas au baiser
Pour l’amoureux qui passe sur la route
Sans bouton de cristal à briser.
Mais malgré tout, mon rêve jamais ne se repose
De suivre le sillage de sa jupe close ;
Et, triste, il se meurtrit de jouer sans cesse
Autour de sa robe odorante de princesse,
Comme un papillon grisé près d’une rose.
5.Sur l’eau (PDF page 25)
Lent à 3/4
Ré bémol Majeur (Ré3-Fa4) Amel Brahim-Djelloul (Soprano)
Nicolas Jouve (Piano)
Sur l’eau musicale qui passe
Une rose se berce au courant du flot,
Une rose que j’ai jetée de ma terrasse
Sur l’eau.
Sur l’eau du fleuve qui coule et court
Mon amoureux chante dans son bateau
Une chanson mélancolique d’amour
Sur l’eau.
Sur l’eau qui emporte au loin ma peine
Il n’y a plus d’autre bateau
Qu’un fin croissant de lune qui remue à peine
Sur l’eau …
La barbe blanche (PDF page 29)
Modéré à 3/4
Sol Majeur (Mi3-Mi4) J’ai des roses d’Orient
Que j’ai cueillies aux haies des prairies
En souriant.
Mais sans doute j’aurai toujours aux doigts
La trace des épines d’autrefois,
Quand elles seront flétries.
Je sais des chansons d’Engaddi
Que je fredonne par les routes
Pour la Douce qui m’a plu,
Mais sans doute
Je saurai toujours les airs de jadis,
Quand elle ne m’aimera plus.
J’ai la barbe blonde
Comme un mendiant de Tripoli,
Qui porte ses romances par le monde,
Mais peut-être qu’aux mignonnes rondes,
Où les elfes et les fillettes se penchent
Avec les fous et les lorelys,
On dira toujours mes virolais jolis,
Quand j’aurai la barbe blanche
Comme des lis.
7. La bourse d’or (PDF page 34)
Assez vite à 2/2
Si bémol Majeur (Mi3-Fa4) Derrière le treillage de ta croisée
A rosace d’Orient,
Je t’ai vue occupée à broder une étoffe
De soie et de velours,
Mais tu es partie en riant
Quand j’ai voulu, comme Hafiz,
te dire en lentes strophes
Combien mon âme était martyrisée
D’amour.
Derrière le treillage de ta croisée,
Petite chérie,
Je t’ai vue occupée à broder une étoffe,
Et tu as un instant levé de ta broderie
Tes yeux longs et veloutés,
Quand je t’ai dit comme Hafiz, en savantes strophes,
Combien mon âme était grisée
De ta beauté.
Mais quand du dehors
Je suis entré tout à coup,
Et que j’ai mis ma bourse d’or
Dans ta main frêle,
Tu n’as pas attendu mes paroles d’amour
Pour quitter ta broderie de velours,
Et tu as vite jeté tes bras fins à mon cou
Pour me donner la rose peinte de tes lèvres.
8.L’oubli (PDF page 42)
Assez lent à 4/4
Fa dièse Majeur (Mi3-Fa#4) Mets ta main fine sur mon épaule,
O mon amie,
La douceur de ce soir garde l’odeur des roses ;
Mets ta main fine sur mon épaule :
Toute douleur est endormie.
Oublions notre peine,
Ma toute aimée ;
Que notre dernière nuit soit parfumée
D’un reste d’odeur de verveine,
D’un reste de rêve et de roses de mai.
Oublions que notre amour se meurt,
Ferme les yeux ;
Demain, la tombe enfin sera notre demeure ;
Oublions jusque là que notre amour se meurt :
L’oubli est bien,
La mort est mieux.
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