Laurent Coulomb (1977)
Six Poèmes op.9
Ces six petits chœurs sont d’une écriture très simple et abordables par un chœur amateur. Le langage est, comme celui de Maurice Carême, simple et direct quoiqu’un peu élaboré du point de vue polyphonique (Ndlr du compositeur)
Pour chœur de femmes à 3 voix (soprano-mezzo-alto)
Partition (Contacter l’auteur)

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1. La Panthère noire
2. Au bois
3. Le Cheval
4. Le Guet
5. Il porte un oiseau dans son coeur
6. Le Dauphin



1. La Panthère noire
Lent et sombre à 2/4
Partition (extrait)
Noire, mais noire à rendre noire,
En en délayant une part
Au fond d’une écritoire,
La plus blanche des brebis blanches.

Comme elle n’a pas de couleur,
C’est pour elle que le Seigneur
A rassemblé dans ses prunelles
Toute la profondeur du ciel.

Se peut-il que tant d’innocence
Elle a le regard vert des anges
Tue avec tant de cruauté

Et que sa patte veloutée
À caresser un bouton-d’or
Soit le sceau même de la mort ?

2. Au bois
Au bois, la tourterelle
Jamais, jamais ne mange
La belle chanterelle
Qui est couleur d’orange.
Et jamais le crapaud,
Jamais ne mangerait
Le bolet au chapeau
Couleur café au lait.
Hélas ! il y a l’homme !
Ce n’est pas d’une pomme
Qu’il se contenterait !
Il mange aussi l’airelle,
La noix, la chanterelle,
La fraise et le bolet.

3. Le Cheval
Et le cheval longea ma page.
Il était seul, sans cavalier,
Mais je venais de dessiner
Une mer immense et sa plage.

Comment aurais-je pu savoir
D’où il venait, où il allait ?
Il était grand, il était noir,
Il ombrait ce que j’écrivais.

J’aurai pourtant dû deviner
Qu’il ne fallait pas l’appeler.
Il tourna lentement la tête

Et comme s’il n’avait eu peur
Que je lise en son cœur de bête,
Il redevient simple blancheur.

4. Le Guet
Un vieux renard guettait un loir
Qui guettait lui-même un martin-
Pêcheur guettant dans le miroir
De l’étang vert un alevin
Qui guettait un petit ver noir.
Mais, près de l’orée, un chasseur
Guettait le renard trop madré
Sans se douter que le Seigneur
Le guettait lui-même, accoudé
Près de la barrière du pré.

5. Il porte un oiseau dans son coeur
Il porte un oiseau dans son cœur,
L’enfant qui joue des heures, seul,
Avec des couronnes de fleurs
Sous l’ombre étoilée du tilleul.
Il semble toujours étranger
À ce qu’on fait, à ce qu’on dit
Et n’aime vraiment regarder
Que le vent calme du verger.
Autour de lui, riant d’échos,
Le monde est rond comme un cerceau.

6. Le Dauphin
Un dauphin sortit de la mer
Et se mit à nager dans l’air.

Nul ne le vit. Il était blanc,
D’un blanc d’argent tout transparent.

On était alors en novembre.
Depuis, sur le mur de ma chambre,

Je vois parfois nager une ombre
Et il me semble, un long moment,

Que je deviens tout transparent.


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