Francis Poulenc (1899-1963)
Sept mélodies
Sur des poèmes de Paul Eluard
Editions Eschig
Pour voix moyenne
Partition en ligne

Voix, couleurs et formes (Etude sur l’œuvre)

1. Pablo Picasso
2. Marc Chagall
3. Georges Braque
4. Juan Gris
5. Paul Klee
6. Joan Miró
7. Jacques Villon

Vidéos : Marc Boucher (baryton) – Olivier Godin (piano)


1. Pablo Picasso
Modéré à 3/4 -Do Majeur (Do3-Fa4)
Entoure ce citron de blanc d’œuf informe
Enrobe ce blanc d’œuf d’un azur souple et fin
La ligne droite et noire a beau venir de toi
L’aube est derrière ton tableau

Et les murs innombrables croulent
Derrière ton tableau et toi l’œil fixe
Comme un aveugle comme un fou
Tu dresses une haute épée dans le vide

Une main pourquoi pas une seconde main
Et pourquoi pas la bouche nue comme une plume
Pourquoi pas un sourire et pourquoi pas des larmes
Tout au bord de la toile où jouent les petits clous

Voici le jour d’autrui laisse aux ombres leur chance
Et d’un seul mouvement des paupières renonce

2. Marc Chagall
Molto prestissimo à 3/4 – (Si2-Fa#4)
Ane ou vache coq ou cheval
Jusqu’à la peau d’un violon
Homme chanteur un seul oiseau
Danseur agile avec sa femme

Couple trempé dans son printemps

L’or de l’herbe le plomb du ciel
Séparés par les flammes bleues
De la santé de la rosée
Le sang s’irise le cœur tinte

Un couple le premier reflet

Et dans un souterrain de neige
La vigne opulente dessine
Un visage aux lèvres de lune
Qui n’a jamais dormi la nuit.

3. Georges Braque
Surtout pas lent (sans traîner) à 6/8=2/4 (Réb3-Fa4)
Un oiseau s’envole,
Il rejette les nues comme un voile inutile,
Il n’a jamais craint la lumière,
Enfermé dans son vol,
Il n’a jamais eu d’ombre.

Coquilles des moissons brisées par le soleil.
Toutes les feuilles dans le bois disent oui,
Elles ne savent dire que oui,
Toute question, toute réponse
Et la rosée coule au fond de ce oui.

Un homme aux yeux légers décrit le ciel d’amour.
Il en rassemble les merveilles
Comme des feuilles dans un bois,
Comme des oiseaux dans leurs ailes
Et des hommes dans le sommeil.

4. Juan Gris
Très calme à 3/4 (Mib3-Mi#4)
De jour merci de nuit prends garde
De douceur la moitié du monde
L’autre montrait rigueur aveugle

Aux veines se lisait un présent sans merci
Aux beautés des contours l’espace limité
Cimentait tous les joints des objets familiers

Table guitare et verre vide
Sur un arpent de terre pleine
De toile blanche d’air nocturne

Table devait se soutenir
Lampe rester pépin de l’ombre
Journal délaissait sa moitié

Deux fois le jour deux fois la nuit
De deux objets un double objet
Un seul ensemble à tout jamais.

5. Paul Klee
Implacablement vite à 2/4 (Mib3-Fa4)
Sur la pente fatale, le voyageur profite
De la faveur du jour, verglas et sans cailloux,
Et les yeux bleus d’amour, découvre sa saison
Qui porte à tous les doigts de grands astres en bague.

Sur la plage la mer a laissé ses oreilles
Et le sable creusé la place d’un beau crime.
Le supplice est plus dur aux bourreaux qu’au victimes
Les couteaux sont des signes et les balles des larmes.

6. Joan Miró
Allegro giocoso à 4/4 (Do#3-Fa#4)
Soleil de proie prisonnier de ma tête,
Enlève la colline, enlève la forêt.
Le ciel est plus beau que jamais.

Les libellules des raisins
Lui donnent des formes précises
Que je dissipe d’un geste.

Nuages du premier jour,
Nuages insensibles et que rien n’autorise,
Leurs graines brûlent
Dans les feux de paille de mes regards.

A la fin, pour se couvrir d’une aube
Il faudra que le ciel soit aussi pur que la nuit.

7. Jacques Villon
Modéré à 3/4 (Sib2-Mib4)
Irrémédiable vie
Vie à toujours chérir

En dépit des fléaux
Et des morales basses
En dépit des étoiles fausses
Et des cendres envahissantes

En dépit des fièvres grinçantes
Des crimes à hauteur du ventre
Des seins taris des fronts idiots
En dépit des soleils mortels

En dépit des dieux morts
En dépit des mensonges
L’aube l’horizon l’eau
L’oiseau l’homme l’amour

L’homme léger et bon
Adoucissant la terre
Éclaircissant les bois
Illuminant la pierre

Et la rose nocturne
Et le sang de la foule.


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